Patrick Chauvel raconte, dans un livre bouleversant, l'effet que cela fait de danser avec la mort, tous les jours de sa vie ou presque.
Rapporteur de guerre n'est pas un roman. C'est un essai. C'est édité chez Oh ! Editions.
Reporter d'images, rapporteur de guerre, l'auteur sillonne le monde des conflits depuis près de quarante ans. Il raconte dans son livre les guerres, ou plutôt la guerre. Semblant tirer de ses multiples expériences, une sorte de dure sagesse issue de la violence universelle.
Patrick Chauvel est journaliste. Son truc, c'est la guerre : la vraie : celle du Vietnam d'abord, puis d'Afghanistan, de Tchétchénie, en passant par le Pérou et les guérilleros du sentier lumineux, l'Iran, l'Irlande, Panama ou Israël. Prendre des photos, encore et toujours. Photos, photos, photos. Il n'y a que ça. Que ça qui compte. Toujours dans le feu de l'action pour mieux risquer sa vie, pour mieux montrer. Les photos, c'est pour montrer.
Au Panama, en 1989, c'est l'ouverture du bouquin. Il prend une balle. Il agonise pendant des heures sur le bitume, sous les rafales de balles, à attendre, à faire le mort, à souffrir, à sentir ses côtes lorsqu'il passe sa main dans son dos, à regarder son sang couler lentement. A attendre, oui. Attendre la mort. Et puis au Liban. Des miliciens qui l'avaient pris pour un espion israélien le conduisent au peloton d'exécution. Devant la mort il a beau se traiter d'abruti, il a encore et toujours le réflexe de photographier sa propre fin qui ne viendra pas puisqu'il est sauvé par miracle Et les boat people à Haïti, aussi. Il a coulé, avec les boat people. Ou en Afrique, et ce mec avec ce véritable trou dans le crâne, enterré vivant. Et toujours des photos, encore et toujours. Il n'y a que ça. Des photos qui ne prouvent pas, qui ne plaident pas, mais qui témoignent. Le but, c'est de témoigner. Montrer. Montrer aux gens ce que c'est que la guerre. Montrer aux gens ce qu'est le monde dans lequel ils vivent.
Fils d'un grand reporter au Figaro, Jean François Chauvel, Patrick est élevé par son grand-père, ami de Brassaï et de Kessel. Nourri de reportages et de photos de légende, il part à dix sept ans, couvrir le conflit Israélo-arabe avec un appareil prêté. Il ne reviendra jamais plus de quelques jours à Paris, préférant courir le monde pour rapporter des images qui donnent le frisson, des récits qui glacent le sang. Pas pour le danger, juste pour informer, car dit-il : "je ne veux plus jamais entendre, « on ne savait pas ». Les gens ont les moyens de savoir".
Patrick Chauvel est à l'évidence un de ceux qui donnent la possibilité d'ouvrir les yeux sur de terribles ailleurs.
Trente-cinq ans de métier, trente-cinq ans à courir la planète pour photographier la guerre. Publié dans Paris Match, Times Magazine, Life, Newsweek, il a reçu le prix World Press, et est considéré comme l'un des derniers grands photoreporters vivants. Rapporteur de guerre évoque, par année, des souvenirs de conflits : 1967 en Israël, 1972 en Irlande, 1975 au Liban, 1994 en Tchétchénie. À chaque fois, Chauvel part de ses souvenirs personnels pour témoigner de ce qu'il a vu. Cette mise en situation du discours donne une vraie force au récit. Ce sont les balles qui fusent sur le macadam, la mort qui saute aux yeux ; ce sont toutes les injustices de la guerre. À aucun moment, Chauvel ne pontifie. Il ne joue pas la gloriole non plus. Il s'estime chanceux. Chanceux d'être encore en vie et d'exercer ce métier qui est le seul à pouvoir témoigner de la vie des gens au sein des conflits. C'est cette éthique qui transparaît de ce récit, l'idée que le photographe va là où les autres ne peuvent plus aller, et qu'il a pour mission d'être le rapporteur de ces morceaux d'humanité qui échappent aux historiens.
Une préface de Pierre Schoendoerffer nous met en appétit.
« Le témoin c'est nous. Photographe ou cameraman. Nous sommes au plus près, croisant les grands de ce monde (?!), côtoyant les petits, les modestes, les sans-grades ; ceux qui souffrent toujours et qui marchent toujours, dans la boue, sous les balles. Cigarettes échangées, et parfois, pourquoi pas, un verre de vin rouge miraculeux, comme une petite bougie allumée dans la nuit.
« Nous sommes des leurs, sans l'être tout à fait. Nous sommes un écho de notre mystérieuse humanité, de la misère et de la grandeur de l'Homme. Et de son incroyable cruauté ! »
Depuis trente-cinq ans, Patrick Chauvel a photographié la majeure partie des conflits qui ont sévi dans le monde. Nourri par Kessel, Monfreid et Schoendoerffer, les grands anciens, fils du grand reporter Jean-François Chauvel, il a tenté d'aller encore plus près de l'actualité. Il est l'un des derniers d'une génération de reporters qui a vécu dans la guerre des Six Jours, le Viêtnam, le Cambodge, l'Irlande, l'Iran, le Liban, Panama, l'Afghanistan, la Tchétchénie... Il aurait dû mourir cent fois, il a été blessé à de nombreuses reprises. Au cours de ses reportages, Patrick Chauvel a été enlevé, il s'est retrouvé face à un peloton d'exécution, il a coulé avec les boat people à Haïti..
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